David Brule | AUDREY RÉSISTE
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AUDREY RÉSISTE

Histoires intersexes

Tu l’auras peut-être reconnue : Audrey, c’est la protagoniste du documentaire Ni d’Ève ni d’Adam. Une histoire intersexe dont t’a parlé Fleur dans le 1er épisode !

Pour en apprendre davantage sur le parcours d’Audrey, tu peux te rendre sur sa page Instagram ou sa chaîne YouTube.

 

Audrey n’est bien sûr pas la seule à raconter son histoire. L’intersexuation est un sujet traité sous diverses formes. Comme autobiographies, on trouve par exemple Born Both: An Intersex Life de Hida Viloria (2017), ou XOXY, A Memoir: Intersex Woman, Mother, Activist de Kimberly Zieselman (2020). Du côté de la fiction, Kathleen Winter a publié le roman Annabel en 2014. Un dernier exemple : le film colombien Being impossible de Paricia Ortega (2018), qualifié de “drame puissant” par le Luxembourg City Film Festival.

L’intersexuation et le monde médical

À travers tout son témoignage, Audrey dépeint les rapports difficiles et parfois conflictuels qui existent entre personnes intersexuées et corps médical. Comme Fleur, elle distingue les terminologies médicales et leur effet pathologisant de l’auto-identification émancipatoire en tant que personne intersexe. Comme indiqué dans ce rapport d’information du Parlement français : 

“Une partie des personnes « intersexes » ainsi que des juristes et des psychiatres rejettent le vocabulaire selon eux péjoratif véhiculé par les notions de désordres du développement sexuel (DSD) (parfois troubles du développement sexuel) ou d’anomalies du développement génital (ADG), en raison de leur « connotation pathologisante » … , dénonçant le fait que la médecine interprète comme pathologies ce qui relève selon eux de simples variations corporelles. Ils préfèrent donc parler de « variation » sexuelle du développement et suggèrent que soit révisée la classification en ce sens.”

 

Considérer l’intersexuation comme une maladie incite à vouloir la prévenir ou guérir. Comme le mentionne Audrey, cela amène certains médecins à recommander l’avortement uniquement en raison de l’intersexuation détectée chez le fœtus. Les méthodes médicales visant à “guérir” l’intersexuation ne sont pas en reste. De nombreuses personnes intersexuées ont ainsi été victimes de chirurgies dites “correctrices” visant à les rendre conformes aux normes physiques du sexe mâle ou du sexe femelle.

 

Le documentaire Arte Entre deux sexes  rapporte des témoignages marquants sur ces violences chirurgicales. Dans l’épisode, Audrey mentionne le chirurgien finlandais Mika Venhola, un des rares médecins à prendre position contre les chirurgies normalisatrices. Dans cette interview, il les dénonce comme violations des droits humains.

Cependant, comme souligné par le Collectif Intersexes et Allié.e.s (branche française de l’Organisation Internationale des Intersexués), les violences subies par les personnes intersexuées ne se limitent pas au cadre médical. Celui-ci est en fait plutôt un symptôme de la façon dont la société dans son ensemble contraint les personnes qui ne correspondent pas à la norme binaire du sexe. Cet article du CIA-OII France déconstruit également l’argument que les médecins ont donné aux parents d’Audrey pour obtenir leur consentement aux chirurgies normalisatrices, à savoir assurer à l’enfant “un développement identitaire normal”.

 

C’est justement pour les droits humains et le respect de l’intégrité physique et de l’auto-détermination que se battent les militants intersexes. Au sein de cette communauté, il existe de plus en plus d’associations et d’événements qui permettent aux personnes concernées de se rencontrer, d’échanger et de s’organiser pour faire changer les choses. Tu trouveras sur le site de l’Organisation Internationale des Intersexués des liens vers les différentes organisations actives au niveau international, continental ou national. En Belgique francophone, par exemple, la plateforme collective est l’association Intersex Belgium.

 

Enfin, si tu recherches un point de vue juridique sur la question des chirurgies normalisatrices sur les enfants intersexués, tu peux aussi consulter ce carnet de recherche de Benjamin Moron-Puech, docteur en droit et chargé de recherche au CNRS.

Un peu de biologie

Comme elle te l’explique dans son témoignage, Audrey est une femme pourvue de chromosomes sexuels XY. Posons d’abord un peu les bases en matière de critères utilisés pour déterminer le sexe d’une personne. On t’a déjà parlé d’endocrinologie et du taux d’hormones sexuelles dans l’article de “Fleur vole” , en insistant sur le fait que le sexe biologique ne peut être déterminé en se basant sur un seul critère. Dans cet article-ci, on s’attaque à tout ce qui est chromosomes sexuels, organes génitaux et caractéristiques sexuelles secondaires.

 

 

Les chromosomes portent notre ADN, c’est-à-dire notre information génétique. Cette représentation ordonnée des chromosomes est ce qu’on appelle le “caryotype. Le caryotype de l’être humain est composé de 46 chromosomes dont les derniers sont les “gonosomes” ou “chromosomes sexuels”. Il existe 2 types de chromosomes sexuels : X et Y. Une paire de chromosomes sexuels XY déterminent un individu de sexe mâle, et XX de sexe femelle. 

En raison d’une division cellulaire inhabituelle, il peut arriver qu’une personne possède un ou deux chromosomes de plus ou de moins. Il existe tout d’abord des personnes possédant un seul chromosome sexuel, X : on parle du syndrome de Turner, qui touche une personne de sexe femelle sur 2500.

Le syndrome de Klinefelter touche quant à lui un humain mâle sur 500 et désigne les caryotypes 47,XXY. D’autres personnes sont XXX ou XXXX (1/500 femelles), XYY (1/500 mâles), ou encore XXYY ou XXXY (1/36 000 à 1/100 000 personnes). 

De plus, une personne XX peut développer un phénotype (apparence physique) et des organes génitaux soit associés en partie au sexe femelle et en partie au sexe mâle (1 personne sur 5000), soit exclusivement mâles (1 personne sur 20 000). L’inverse est également possible. C’est le cas d’Audrey et avec elle, d’environ une personne sur 10 000. Ces chiffres sont donnés par Joëlle Wiels dans l’ouvrage Féminin/Masculin. Mythes et idéologies (dirigé par Catherine Vidal, 2015).

 

À côté des chromosomes sexuels, un critère du sexe bien connu est celui des organes génitaux. Tu peux trouver dans cette fiche pour élèves en infirmerie quelques détails sur la division anatomique traditionnelle du système reproducteur, entre organes génitaux mâles et organes génitaux femelles. Ce dualisme biologique du sexe, la biologiste Anne Fausto-Sterling en retrace l’histoire, avec un regard critique, dans son ouvrage Corps en tous genres : la dualité des sexes à l’épreuve de la science  (2012).